Paul Émile Debraux, écrivain, poète et chansonnier français, (1798-1831)

Notice historique sur Paul-Émile Debraux.

 

   Paul - Émile Debraux, l'un des chansonniers, les plus populaires de notre époque, naquit à Ancerville, dans le département de la Meuse, en 1798.

Il montra, dès sa plus tendre jeunesse, le caractère heureux, qu'il a toujours gardé dans la suite, celai d'une douce et heureuse insouciance,insouciance si bien peinte par l'immortel. Tel Béranger dans les vers de cette Notice.

 

Toujours enfant, gai jusqu’à faire envie,

En étourdi vers le plaisir poussé,

Pouffant de rire à voir couler sa vie

Comme le vin d'un tonneau défoncé.

 

Ses premières années n'offrirent rien de remarquable, si ce n'est une prédilection marqué pour la chanson , dont il essayait déjà à comprendre le mécanisme, en accolant aux mats des rimes plus on moins heureuses qu'on l’entendait fredonner partout où on le rencontrait.

   En 1816 et 1817, il occupa un emploi à la bibliothèque de Ecole-de-médecine ; mais son amour de l'indépendance, qui fut le caractère dominant de sa vie, ne lui permit pas d'y rester. Il ne pouvait pas imprimer à sa  jeune muse l'élan patriotique qui remplissait son âme ; c'en fut assez pour qu'il se démit de son emploi.

 

Moi, direz-vous, il avait donc des rentre ?

Eh ! non, messieurs, il logeait au grenier.

Le temps, au bruit des fêtes enivrantes,

Râpait, râpait l’habit du chansonnier.

Venait l'hiver, le bois manquait â l'âtre,

Le vitre au nord étincelait de fleurs

Il grelottait, mais se muse folâtre

Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

 

Et cela seul lui faisait tout oublier : la misère présente et celle qui menaçait son avenir.

  Ce fut à peu près a la même époque, qu'il mit au jour ses chansons de la Colonne, le Prince Eugène, le Mont Saint-Jean, qui lui valurent bientôt une popularité dont on n'avait jusque là vu que peu d'exemples; mansardes et salons retentirent de ses refrains, que l'orgue redisait en même temps au coin de tous les carrefours de Paris

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La France alors pleurait l'éclat des armes,

Et les grandeurs dont le cour a l'ébranla;

La voix d'Émile, évoquant notre histoire,

Du cabaret ennoblit les échos,

C'était l’asile où se cachait la gloire :

Le pauvre peuple aime tant les héros !

 

Ces premiers succès décidèrent de sa vocation. Entonnant refrains sur refrains, il devint, en peu de temps, l'aille des réunions lyrique, ou goguette. chantantes, qui se réunissaient à l'époque, et où l'on protestait, par des couplets, contre un pouvoir imposé à la France par les baïonnettes ennemies.

Le temps n'était pas encore arrivé où l'on devait oser plus que des chansons, pour s'affranchir du joug de lit sainte-alliance, et eu attendant, on préludait à cet affranchissement par des chants plus ou moins satiriques, où chacun des actes du gouvernement qui nous régissait trouvait son blâme aussi

 

Les gais Fleurs refrains vous égalaient en nombres,

Fleurs d’acacia qu’éparpillent les vents.

 

Ce n'était pas un chansonnier ordinaire qu'Emile !

ses chansons patriotes répondaient au vif besoin d’opposition de l’époque où il les composa.

Voyez qu’elle haine de la restauration dans ses chansons, qu’elle colère de nationalité et d'indépendance, quel orgueil de nos victoires, qu’elle douceur de nos revers ! Lisez la veuves des soldats, morceau épique où brillent d'admirables strophes; lisez l'ode intitulée Marengo, hymne sainte de la vieille et glorieuse république, l’appel aux députés, et tant d'autres.

J'ai connu sa vie., ses habitudes, ses goûts, tout cela me plaisait comme je l'ai dit, il n'était pas riche, les riches auraient ri de son indigence, on l'auraient insulté en le secourant.

Il les fuyait; et c'était de sa part haute raison que d'agir ainsi.

 

Sifflant  sot sous la croix qui le couvre,

Ou sur son char le grand mal affermi,

Sans s'informer par où l'on monte au Louvre,

Du pauvre peupla il set resté l’ami.

 

Malgré son apparente insouciance, Emile comprenait plus que personne peut-être, les affections de famille; il aimait de dévouement et de cœur sa femme, auprès de laquelle il trouvait bonheur et sympathie ; sa femme, qui n'a pas quitté un instant son lit de moribond, qui l'a senti s'éteindre sur son sein.

Ce fut le 12 février 1831, que mourut Debraux: une maladie chronique, crut depuis longtemps,

déjà menaçait ses jours, l’enleva à trente-trois ans à sa famille et à ses nombreux amis.

 

Bien jeune, hélas! Il descend dans la fosse,

Je l'ai conduit où, vieux, j'irai demain.

Chantant au loin des buveurs à voix fausse,

Aux noirs penser m'arrachaient en chemin..

C'étaient ses chants que disait leur ivresse,

Chanta que leurs fils sauront bien rajeunir :

De son passage est-il un roi qui laisse

Au pauvre peuple un si doux souvenir !

 

Emile Debraux vivra longtemps dans la mémoire du peuple.

Le temps n'est pas loin, j'en suis certain, où l'on appréciera pour ce qu'il vaut, ce talent si vrai et si original ; il ne faut pour cela que lire ses chansons; aussi dirai-je avec l'auteur que nous citons :

 

De sa famille allégea l’indigence,

Riches et grands, achetez ce recueil ;

A tant d'esprit passes la négligence, 

Ah !du talent le besoin est l'écueil ;   

Ne soyez point ingrats pour nos musettes       

Songez aux maux qui nous adoucissons

De nos guerriers, aux maux que nous adoucissons

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites,

Le pauvre peuple a besoin de chanson.

 

Pierre-Jean de Béranger.