d'Henri Zislin (1875-1958)


Henri Zislin

Henri Louis Constant Zislin est un dessinateur et fondateur de revue français, né le 16 juin 1875 à Mulhouse, mort le 4 mai 1958 à Paris (11e Arrondissement), dont toute l’œuvre est animée d'un patriotisme alsacien indéfectible1. Il est le fils de Constantin Zislin, né à Sausheim, et de Louise, née Würth.

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(1914) Sourire d'Alsace

collection privé


Lettre-préface

A M. Georges Ducrocq, Directeur Fondateur des « Marches de l’Est ».

Nice, le 18 février 1913.

Mon cher et jeune confrère,

Vous avez, me dites-vous, l’intention de faire un choix dans les œuvres de l’artiste alsacien Henri Zislin et d’éditer en un album populaire un recueil des principales illustrations publiées par lui dans son Dur’s Elsass.

J’approuve et je vous félicite. Vous avez cru devoir solliciter un mot de préface de moi, vous aidant à faire connaître aux bons Français, la valeur artistique et la vaillance civique de ce merveilleux dessinateur mulhousien au crayon si finement taillé et dont la plume est non moins bien trempée que le cœur. Je consens et vous remercie.

Il ne sera certes pas inutile de faire circuler à travers la France — cette année surtout I — le souffle de généreuse bravoure et de spirituelle indépendance que depuis trois ans Zislin fait passer chaque semaine à travers l’Alsace.

Les légendes et les dessins de son intrépide journal qui ont illuminé d’un rire consolateur la tristesse des opprimés, éclaireront d’un pur rayon d’espérance et de joie le deuil et les remords des vaincus.

Que de talent et que d’esprit, que d’observation et que de jugement, que de finesse et que de force dans ces innombrables compositions d’une variété de forme vraiment prodigieuse et d’une unité de pensée toujours si constante et si précise !

En vain, les détenteurs actuels du sol alsacien, partisans incorrigibles du « Faustrecht » ont, par quatre fois, abattu leur poing brutal sur le front de Henri Zislin ; ils ont en vain jeté par quatre fois sous les verrous et traité en détenu de droit commun ce condamné de leur justice exceptionnelle : la Force qui avait primé le Droit n’est pas parvenue à supprimer l’esprit. Les persécutions germaniques n’ont ému en rien le hardi railleur. Son courage est sorti de prison aussi vivace et aussi intact que sa bonne humeur et son bel humour.

Les multiples amendes qui ont ruiné sa bourse n’ont pas épuisé son cerveau. Toujours alerte, toujours inlassable, l’héroïque caricaturiste nargue, au péril de s.a liberté, de sa fortune et parfois même au péril de sa vie, l’irritable bourreau pangermaniste qui s’imagine, comme le lui dit Zislin, qu’il n’est d’autres moyens de pacifier l’Alsace que d’y dresser chaque jour une nouvelle potence.

C’est pourquoi, votre excellent projet de divulguer en France une partie de l’œuvre de Henri Zislin, me charme et me réjouit au fond du cœur. C’est pourquoi aussi je vous ai remercié et vous remercie encore une fois de l’honneur que vous m’avez accordé en faisant appel à moi pour présenter ce bon patriote alsacien aux bons patriotes français.

Ma seule hésitation, qui n’a guère duré, provenait de la difficulté qu’il y avait, selon moi. À éliminer telle page plutôt que telle autre. Hier encore, en feuilletant la collection complète de ces illustrations si caractéristiques et si frappantes, je me demandais si la suppression de l’un quelconque de ces grands dessins hebdomadaires ne risquait pas de créer une lacune dans les chapitres de ce poignant et mordant résumé de l’occupation de l’Alsace par les Allemands.

Mais le courrier de ce matin, en m’apportant les épreuves de ces images si bien groupées et si bien classées par vous cher confrère, a plus que calmé mes appréhensions. Vous avez su tirer de l’œuvre considérable du spirituel et courageux protestataire de quoi faire connaître tout son cœur et tout son esprit. Cette admirable suite de petits tableaux dessinés de main de maître et commentés par un texte hardi jusqu’à la témérité va être, pour la France, une très profitable leçon de chose. Nul mieux que vous n’aurait pu mener si complètement à bien cette très difficile sélection. Vos deux belles études « La blessure mal fermée » et « Les provinces inébranlables » auront ainsi un nouvel et éclatant témoignage de la vérité de vos récits et de l’équité de vos jugements. Votre part déjà très grande dans l’ascension patriotique de ces derniers temps va grandir encore avec l’apparition de ce précieux volume pieusement édité par vos soins. Vous n’aviez que faire de m’appeler à votre aide, il suffisait de Georges Ducrocq pour présenter Henri Zislin. Toujours est-il que vous faites paraître là un beau livre, qui se trouvera être pour nos œufs de Pâques ce que l'Histoire d’Alsace par l’oncle Hansi . a été pour nos étrennes. Dieu veuille que cette prochaine publication obtienne, elle aussi, un de ces grands succès de librairie qui serait, cette fois encore, un véritable triomphe d’idées. Tel est, pour l’Alsace et pour la France, le vœu le plus ardent que je vous adresse et que réaliseront, je n’en doute pas, des milliers et des milliers de lecteurs français devenus, grâce à vous, des admirateurs et des amis d’Henri Zistin.

Fraternelle accolade d’un volontaire de 1870, engagé pour la durée de la guerre contre l’Allemagne.

Paul Déroulède,

Président de la ligue des patriotes


Pangermanisme

Le pangermanisme

est la plaie de l’Alsace-Lorraine. Officiers, professeurs, instituteurs, fonctionnaires, journalistes ont entrepris de germaniser les deux provinces récalcitrantes. La lutte contre la langue française est un des aspects les plus ridicules de la campagne pangermaniste.

Les souvenirs français, les monuments français, les tombes françaises, la cuisine française, les menus en français, les cartes de visite en français, les enseignes en français, les prénoms français, les conférences, les représentations de théâtre en français, les uniformes de gymnastes français, les clairons français excitent la colère des pangermanistes. Ils voudraient germaniser tout en Alsace,même les jupes rouges et le ciel bleu.

Ils dénoncent sans cesse de prétendues conjurations nationalistes, ils veulent sans trêve sévir sur un pays coupable, à leurs yeux, de demeurer fidèle à son passé. Ils ont voulu boycotter l'usine de Graffenstaden parce que son directeur  voudraient élever entre l’Alsace et la France, son ancienne patrie, un mur chinois ; ils n'y réussiront pas.


Les deux cultures

Les deux cultures

L’Alsace est un champ de bataille où deux populations d'origine, de mœurs, de mentalité différentes

se rencontrent. La guerre de 1870 a augmenté considérablement l’immigration des Allemands en

Alsace. Tous les postes officiels, toutes les fonctions, toutes les charges honorifiques leur ont été

attribuées.

L’Alsace se serait peut-être habituée à cette invasion, si les nouveaux venus, pour la plupart Prussiens,

Poméraniens, Allemands du Nord, n’avaient eu la naïve prétention, en se précipitant sur la terre

d’Empire, fraîchement annexée, d’en civiliser les habitants et de les faire rentrer de gré ou de force

dans le giron de la famille germanique. L’Alsacien, d'abord surpris par le zèle intempestif des

germanisateurs, fonctionnaires, journalistes, maîtres d'écoles et professeurs d'outre-Rhin, s'est

bientôt diverti de la présomption, de la gravité de ses nouveaux maîtres. Les défauts de leur éducation

lui ont sauté aux yeux. La méthode d'assimilation brutale employée par les Allemands a complètement

échoué. Elle est aujourd'hui la risée de l'Alsace. L'Alsace, rudoyée, maltraitée, regrette

l’administration française. Elle compare volontiers la bonne humeur et la cordialité qui règnent de

l’autre côté des Vosges à l’arrogance de ceux qui sont venus lui apprendre la civilité et la politesse !

Mieux que tous les discours, les caricatures de Zislin nous montrent qu'en Alsace, l’élément indigène

et l'élément immigré n'ont pas fusionné.


Constitution et autonomie

Constitution et autonomie

Les Alsaciens-Lorrains revendiquent, dans. l'empire allemand, leur autonomie. L'Allemagne leur a accordé en 1911 un faux semblant de liberté, qui ne leur fait aucune illusion. Sous l'apparence d'une nouvelle Constitution, l'Alsace-Lorraine a été dotée de deux Chambres, dont une seule, la seconde, est élue au suffrage universel. La Haute Chambre ou Sénat, nommée par le gouvernement, peut empêcher toutes les lois votées par les députés d'aboutir. L’Alsace-Lorraine demeure entravée.

Les élections à la seconde Chambre ont fait échouer quelques candidats du mouvement nationaliste

par une coalition monstrueuse entre le gouvernement, les libéraux allemands et le parti ouvrier d'Alsace, par une pression officielle éhontée. Constitutions, lois nouvelles, changements de personnel, ou procès intentés à des nationalistes alsaciens aboutissent toujours au même résultat : ils ne font qu'accroître et que renforcer la résistance des Alsaciens-Lorrains, réfractaires à la germanisation. Les députés alsaciens-lorrains forment au Reichstag un groupe alsacien-lorrain.