Imagerie d'Épinal

L'Imagerie d'Épinal (Vosges), où furent imprimées les premières images d'Épinal en série, a été fondée en 1796 par Jean-Charles Pellerin.


Le bâtiment de l'imprimerie Pellerin fait l’objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le 24 avril 1986. Certaines machines sont classées le 15 avril 1987. La collection de 1 344 bois gravés fait l’objet d’un classement au titre objet des monuments historiques depuis le 23 octobre 1991. Les pierres lithographiques du XIX siècle sont également classées. L'ensemble de ce patrimoine reste la propriété de l'Imagerie d'Épinal.

(cliquez sur le titre)

Source et Source



collection privé :

Imagerie d’Épinal Pellerin Fables de la Fontaine album de 25 planches couleurs Série Supérieure aux Armes d’Épinal hors groupe 

Fables de la Fontaine imagerie d’Épinal Pellegrin

Éditions Pellerin et Cie imprimeurs-éditeurs

sans date (fin 19ème – début 20ème)

On y trouvera

 

1 – le loup et l’agneau : Dessin de E. Phosty

2 – quatre fables (le chêne et le roseau, l’oiseleur l’autour la forêt et le bucheron) : Dessin de A Chauffour

3 – la laitière et le pot au lait : Dessin de Peka

4 – le lièvre et la tortue ?

5 – l’enfant et le maître d’école ?

6 – le vieillard et ses enfants : Dessin de Peka

7 – quatre fables (le laboureur et ses enfants, la poule aux œufs d'or, le pot de terre et le pot de fer, la génisse la chèvre et la brebis en société avec le lion) Dessin de A Chauffour

8 – le meunier, son fils et l’âne : Dessin de Peka

9 – le coche et la mouche : Dessin de Phosty

10 – l’œil du maître ?

11 – la vieille et les deux servantes : Dessin de Peka

12 – l’âne et le petit chien : Dessin de A Chauffour


On y trouvera


13 – l’ours et les deux compagnons ?

14 – le singe et le léopard : Dessin de Peka

15 – quatre fables (le berger et la mer, le chameau et les bâtons flottants, la tortue et les deux canards, le renard et le bouc) : Dessin de A Chauffour

16 – l’écolier le pédant et le maître d’un jardin : Dessin de Peka

17 – le vieillard et les trois jeunes hommes : Dessin de A Chauffour

18 – le loup et l’agneau : Dessin de Phosty

19 – l’ours et l’amateur de jardins : Dessin de A Chauffour

20 – l’avare qui a perdu son trésor : Dessin de Peka

21 – le loup la chèvre et le chevreau : Dessin de A Chauffour

22 – la besace : Dessin de Phosty

23 – conseil tenu par les rats : Dessin de Lamonche

24 – l’âne et ses maîtres ?

25 – la cigale et la fourmi : Dessin de Phosty




collection privé :

L'ÂNE ET SES MAÎTRES


L'Âne d'un Jardinier se plaignait au Destin 

De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. 

Les Coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin ; 

             Je suis plus matineux encor. 

Et pourquoi ? Pour porter des herbes au marché. 

Belle nécessité d'interrompre mon somme ! 

             Le sort de sa plainte touché 

Lui donne un autre Maître ; et l'Animal de somme 

Passe du Jardinier aux mains d'un Corroyeur. 

La pesanteur des peaux, et leur mauvaise odeur 

Eurent bientôt choqué l'impertinente Bête. 

J'ai regret, disait-il, à mon premier Seigneur. 

             Encor quand il tournait la tête, 

             J'attrapais, s'il m'en souvient bien, 

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien. 

Mais ici point d'aubaine ; ou si j'en ai quelqu'une

C'est de coups. Il obtint changement de fortune, 

             Et sur l'état d'un Charbonnier 

             Il fut couché tout le dernier. 

Autre plainte. Quoi donc, dit le Sort en colère, 

             Ce Baudet-ci m'occupe autant 

             Que cent Monarques pourraient faire. 

Croit-il être le seul qui ne soit pas content ? 

             N'ai-je en l'esprit que son affaire ? 


Le Sort avait raison ; tous gens sont ainsi faits : 

Notre condition jamais ne nous contente : 

             La pire est toujours la présente. 

Nous fatiguons le Ciel à force de placets.

Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête, 

             Nous lui romprons encor la tête.



L'AVARE QUI A PERDU SON TRÉSOR


L'usage seulement fait la possession.

Je demande à ces gens de qui la passion

Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme,

Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.

Diogène là-bas est aussi riche qu'eux,

Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux.

L'homme au trésor caché qu'Esope nous propose,

            Servira d'exemple à la chose.

                Ce malheureux attendait,

Pour jouir de son bien, une seconde vie ;

Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait.

Il avait dans la terre une somme enfouie,

        Son cœur avec, n'ayant autre déduit 

            Que d'y ruminer jour et nuit,

Et rendre sa chevance à lui-même sacrée.

Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât,

On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât

A l'endroit où gisait cette somme enterrée.

Il y fit tant de tours qu'un Fossoyeur le vit,

Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire.

Notre avare, un beau jour ne trouva que le nid.

Voilà mon homme aux pleurs : il gémit, il soupire.

            Il se tourmente, il se déchire.

Un passant lui demande à quel sujet ses cris.

            C'est mon trésor que l'on m'a pris.

 Votre trésor ? où pris ? Tout joignant

 cette pierre.

             Eh sommes-nous en temps de guerre

Pour l'apporter si loin ? N'eussiez-vous pas mieux fait

De le laisser chez vous en votre cabinet,

            Que de le changer de demeure ?

Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.

 A toute heure, bons Dieux ! ne tient-il qu'à cela ?

            L'argent vient-il comme il s'en va ?

Je n'y touchais jamais.  Dites-moi donc, de grâce,

Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant,

Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent :

            Mettez une pierre à la place,

            Elle vous vaudra tout autant .



LA BESACE



Jupiter dit un jour : "Que tout ce qui respire 

S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur : 

Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, 

Il peut le déclarer sans peur ; 

Je mettrai remède à la chose. 

Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause. 

Voyez ces animaux, faites comparaison 

De leurs beautés avec les vôtres. 

Etes-vous satisfait? - Moi ? dit-il, pourquoi non ? 

N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ? 

Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ; 

Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché : 

Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. " 

L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. 

Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort 

Glosa sur l'Eléphant, dit qu'on pourrait encor 

Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; 

Que c'était une masse informe et sans beauté. 

L'Eléphant étant écouté, 

Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles. 

Il jugea qu'à son appétit 

Dame Baleine était trop grosse. 

Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit, 

Se croyant, pour elle, un colosse. 

Jupin les renvoya s'étant censurés tous, 

Du reste, contents d'eux ; mais parmi les plus fous 

Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes, 

Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous, 

Nous nous pardonnons tout,

et rien aux autres hommes : 

On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain. 

Le Fabricateur souverain 

Nous créa Besaciers tous de même manière, 

Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : 

Il fit pour nos défauts la poche de derrière, 

Et celle de devant pour les défauts d'autrui. 



LE COCHE ET LA MOUCHE


Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,

Et de tous les côtés au Soleil exposé,

Six forts chevaux tiraient un Coche.

Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.

L'attelage suait, soufflait, était rendu.

Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ;

Prétend les animer par son bourdonnement ;

Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment

Qu'elle fait aller la machine,

S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;

Aussitôt que le char chemine,

Et qu'elle voit les gens marcher,

Elle s'en attribue uniquement la gloire ;

Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit

Un Sergent de bataille allant en chaque endroit

Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.

La Mouche en ce commun besoin

Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ;

Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.

Le Moine disait son Bréviaire ;

Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;

C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait !

Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,

Et fait cent sottises pareilles.

Après bien du travail le Coche arrive au haut.

Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :

J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.

Ca, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.

Ainsi certaines gens, faisant les empressés,

S'introduisent dans les affaires :

Ils font partout les nécessaires,

Et, partout importuns, devraient être chassés.



L’ÉCOLIER, LE PÉDANT & LE MAÎTRE D’UN JARDIN

 

Certain Enfant qui sentait son collège,

Doublement sot et doublement fripon

Par le jeune âge, et par le privilège

Qu’ont les pédants de gâter la raison,

Chez un voisin dérobait, ce dit-on,

Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne,

Des plus beaux dons que nous offre Pomone

Avait la fleur, les autres le rebut.

Chaque saison apportait son tribut :

Car au printemps il jouissait encore

Des plus beaux dons que nous présente Flore.

Un jour dans son jardin il vit notre écolier,

Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier,

Gâtait jusqu’aux boutons, douce et frêle espérance,

Avant-coureurs des biens que promet l’abondance :

Même il ébranchait l’arbre, et fit tant à la fin

Que le possesseur du jardin

Envoya faire plainte au Maître de la classe.

Celui-ci vint suivi d’un cortège d’enfants :

Voilà le verger plein de gens

Pires que le premier. Le Pédant, de sa grâce,

Accrut le mal en amenant

Cette jeunesse mal instruite :

Le tout, à ce qu’il dit, pour faire un châtiment

Qui pût servir d’exemple, et dont toute sa suite

Se souvînt à jamais comme d’une leçon.

Là-dessus il cita Virgile et Cicéron,

Avec force traits de science.

Son discours dura tant, que la maudite engeance

Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

Je hais les pièces d’éloquence

Hors de leur place, et qui n’ont point de fin ;

Et ne sais bête au monde pire

Que l’Écolier, si ce n’est le Pédant.

Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire,

Ne me plairait aucunement.



LE SINGE ET LE LÉOPARD


Le Singe avec le Léopard 

Gagnaient de l'argent à la foire : 

Ils affichaient chacun à part. 

L'un d'eux disait : Messieurs, mon mérite et ma gloire 

Sont connus en bon lieu ; le Roi m'a voulu voir ; 

Et, si je meurs, il veut avoir 

Un manchon de ma peau ; tant elle est bigarrée, 

Pleine de taches, marquetée, 

Et vergetée, et mouchetée. 

La bigarrure plaît ; partant chacun le vit. 

Mais ce fut bientôt fait, bientôt chacun sortit. 

Le Singe de sa part disait : Venez de grâce, 

Venez, Messieurs. Je fais cent tours de passe-passe. 

Cette diversité dont on vous parle tant, 

Mon voisin Léopard l'a sur soi seulement ; 

Moi, je l'ai dans l'esprit : votre serviteur Gille, 

Cousin et gendre de Bertrand, 

Singe du Pape en son vivant, 

Tout fraîchement en cette ville 

Arrive en trois bateaux exprès pour vous parler ; 

Car il parle, on l'entend ; il sait danser, baller, 

Faire des tours de toute sorte, 

Passer en des cerceaux ; et le tout pour six blancs ! 

Non, Messieurs, pour un sou ; si vous n'êtes contents, 

Nous rendrons à chacun son argent à la porte. 

Le Singe avait raison : ce n'est pas sur l'habit 

Que la diversité me plaît, c'est dans l'esprit : 

L'une fournit toujours des choses agréables ; 

L'autre en moins d'un moment lasse les regardants. 

Oh ! que de grands seigneurs, au Léopard semblables, 

N'ont que l'habit pour tous talents !


LA VIEILLE & LES DEUX SERVANTES


Il était une vieille ayant deux Chambrières.

Elles filaient si bien que les soeurs filandières

Ne faisaient que brouiller au prix de celles-ci.

La Vieille n'avait point de plus pressant souci

Que de distribuer aux Servantes leur tâche.

Dès que Téthis chassait Phébus aux crins dorés,

Tourets entraient en jeu, fuseaux étaient tirés ;

Deçà, delà, vous en aurez ;

Point de cesse, point de relâche.

Dès que l'Aurore, dis-je, en son char remontait,

Un misérable Coq à point nommé chantait.

Aussitôt notre Vieille encor plus misérable

S'affublait d'un jupon crasseux et détestable,

Allumait une lampe, et courait droit au lit

Où de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,

Dormaient les deux pauvres Servantes.

L'une entr'ouvrait un oeil, l'autre étendait un bras ;

Et toutes deux, très malcontentes,

Disaient entre leurs dents : Maudit Coq, tu mourras.

Comme elles l'avaient dit, la bête fut grippée.

Le réveille-matin eut la gorge coupée.

Ce meurtre n'amenda nullement leur marché.

Notre couple au contraire à peine était couché

Que la Vieille, craignant de laisser passer l'heure,

Courait comme un Lutin par toute sa demeure.

C'est ainsi que le plus souvent,

Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,

On s'enfonce encor plus avant :

Témoin ce Couple et son salaire.

La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là

De Charybde en Scylla.



L’ŒIL DU MAÎTRE


Un Cerf s'étant sauvé dans une étable à bœufs

Fut d'abord averti par eux

Qu'il cherchât un meilleur asile.

Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas :

Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;

Ce service vous peut quelque jour être utile,

Et vous n'en aurez point regret.

Les Bœufs à toutes fins promirent le secret.

Il se cache en un coin, respire, et prend courage.

Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage

Comme l'on faisait tous les jours.

L'on va, l'on vient, les valets font cent tours.

L'Intendant même, et pas un d'aventure

N'aperçut ni corps, ni ramure,

Ni Cerf enfin. L'habitant des forêts

Rend déjà grâce aux Bœufs, attend dans cette étable

Que chacun retournant au travail de Cérès,

Il trouve pour sortir un moment favorable.

L'un des Bœufs ruminant lui dit : Cela va bien ;

Mais quoi ! l'homme aux cent yeux n'a pas fait sa revue.

Je crains fort pour toi sa venue.

Jusque-là, pauvre Cerf, ne te vante de rien.

Là-dessus le Maître entre et vient faire sa ronde.

Qu'est-ce-ci ? dit-il à son monde.

Je trouve bien peu d'herbe en tous ces râteliers.

Cette litière est vieille : allez vite aux greniers.

Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées.

Que coûte-t-il d'ôter toutes ces araignées ?

Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers ?

En regardant à tout, il voit une autre tête

Que celles qu'il voyait d'ordinaire en ce lieu.

Le Cerf est reconnu ; chacun prend un épieu ;

Chacun donne un coup à la bête.

Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas.

On l'emporte, on la sale, on en fait maint repas,

Dont maint voisin s'éjouit d'être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :

Il n'est, pour voir, que l’œil du Maître.

Quant à moi, j'y mettrais encor l’œil de l'Amant.