La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts

collection privé :

Juillet 1895

 

Les dernières modes

collection privé :

 

 

 

 

 

 

 

robe de bal

S’il prenait fantaisie à nos républicains de ressusciter la fameuse loi Oppia (1), qui défendait aux dames romaines de porter des bijoux, des robes de diverses couleurs et de circuler en voiture dans les rues de Rome, il est certain que pas une parisienne ne s’y soumettrait.

Plus qu’à aucune époque, les femmes ont l’amour de la parure, le goût du luxe et de tout ce qui est susceptible de les embellir.

On a pu en juger aux réunions printanières, au Garden-party si brillant de l’ambassade d’Angleterre, dans les bals, aux grandes journées d’Auteuil, où elles sont apparues jolies et triomphantes, dans leurs coquets atours de soie, de limon, de mousseline et de dentelle. Couleurs claires, étoffes légères, ornements très flous, très vaporeux, tout, dans la mode de cette saison, semble ressusciter le raffinement des élégances de Trianon.

La Valenciennes règne sans partage, jaunie par une habile préparation ; elle s’incruste au bas de nos jupes, orne nos corsages, nos manches et nos chemisettes, se mélange à la mousseline et au linon pour composer de ravissantes garnitures, en forme d’épaulières retombant sur les manches d’empiècement, se ramifiant à la ceinture et à la jupe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

robe de dîner

Les corsages élargissent les épaules par leurs ornements, et par leur coupe sensiblement modifiée, et par leur coupe sensiblement modifiée, les manches énormes sont très tombantes, froncées vers l’épaule ou retenues par des plis à la mode de 1830. Si nous croyons les oracles du chiffon, nous verrons l’hiver prochain réapparaître les manches étroites ; déjà à Auteuil, plusieurs femmes ultrachics portaient des toilettes ravissantes en mousseline brodée ou en limon très finement carrelé de filets de soie jaunes, verts ou roses avec fichu Marie-Antoinette et manches étroites terminée au coude par un double sabot de dentelle. L’œil habitué au ballonnement de nos bras n’est pas choqué par cette atrophie subite, mais il faut que le style de la toilette soit en harmonie avec ce nouveau type de manches. En effet, les épaulières de limon retombant sur les manches serrées au bras feraient assurément mauvais effet.

Au prix de Paris, une des journées les plus réussies de la saison, si l’on en juge par la foule énorme qui avait envahi les tribunes et le pesage, on a pu voir une foule de toilettes en mousseline sur transparents de couleur, roses, bleus, mauve ou vert pâle, avec chapeau entièrement blanc orné de mousseline de soie plissée et de fleurs blanches, ou complètement noir en paille fantaisie, empanaché de plumes. Ainsi étaient mises les princesses de Poix et Murat, la comtesse de Galliffet, Mmes de Ganay, Lemarrois qui rivalisaient d’élégance et d beauté.

Chapeaux de ville et coiffure de soirée

modèles d'Auguste Petit

Juin s’achève parmi les fêtes supra élégantes, les dîners d’adieux, les courses interminables, les longs préparatifs indispensables à toute absence ; pour juillet on s’apprête au départ.

La plupart de nos fugitives se transforment en fermières, vont faire de la paysannerie élégante dans quelque coin charmant de leur domaines ; d’autres, se dirigent vers les stations à la mode : Vichy, Aix, Luchon, Royat, où elles consacrent régulièrement vingt et un jour à l’allègement de leur maux : ce qui ne les empêche pas de continuer leur vie de plaisirs, suivant les courses, allant au bal, au théâtre, mais puissant chaque matin au fond de ces nouvelles fontaines de jouvence de nouvelles forces pour ces nouveaux tournois mondains.

Avec la température fantasque que nous subissons, la toilette d’une élégante voyageuse est singulièrement compliquée. Il lui faut tout prévoir : la chaleur et le froid, le soleil et la pluie.

Cependant, je ne conseille pas un encombrement de bagages. Deux toilettes naturelles grises ou beiges, ou en alpaga si on le préfère, l’autre en serge bleu marine avec veste ouverte sur la chemisette de nansouk, ou fermée et droite devant les basques très courtes et très ondulées. La petite toque de paille bleue ou marron ornée de taffetas glacé ou le chapeau de feutre avec voilette blanche sont les deux coiffures spécialement réservées aux voyages. Les gants de bicyclette en peau blanche ou grise pouvant se savonner facilement sont plutôt adoptés. Les souliers sont en cuir de ton naturel à talon bas.

Comme chaussure, c’est le soulier de peau blanche qui est adopté avec les toilettes claires ; les bas de soie sont assortis à la teinte de la robe. Les gants longs de Suède blanc sont retenus au coude par un ruban est généralement assorti à la nuance de la robe.

Quant à l’ombrelle, jamais on ne l’a imaginé si coquette, mélangée de mousseline et incrusté de dentelle, de gaze froncée, les nervure et le bord soulignés par un mince cordon de violettes, de fleurs de pommier ou d’églantines. Le stick est en bois naturel avec pomme en métal précieux richement ouvragé, ou encore en bois teint et verni de la nuance de l’ombrelle : rose, vert, pâle, bleu, mauve, terminé par une tête de canard sauvage, de perruche, ou simplement recourbé avec chiffre d’or incrusté. Le chapeau d’après-midi, c’est la grande capeline Louis XVI de Virot très diversement ornée de fleurs et de dentelles, de plumes et de rubans ; ces garnitures se mélangent de côté et derrière aux cheveux toujours très soufflés, très bouffants, ondulés avec art.

 

Maintenant que cette question de l’ondulation à été résolue par Lenthéric qui vient de découvrir le moyen de produire ce pli savant des cheveux avec des rubans, l’onduleur Flou-Flou (2), toutes les femmes pourront elles-mêmes, sans la moindre gène et sans l’aide d’un coiffeur, s’onduler et se coiffer à merveille.

Cette découverte, si simple, si ingénieuse, va rendre de grands services à toutes les élégantes durant la saison des villégiatures et des voyages.

ZIBELINE Juillet 1895

 

(cliquez sur loi Oppia (1))

loi Oppia (1)



Flou-Flou (2)

Le Flou-Flou (2)

Lenthéric, inventeur sans pareil en sa profession, infatigable initiateur és élégances, vient encore délicatement attirer l’attention du monde chic et satisfaire le désir de nouveau qui hante les jolies et les coquettes de toutes les classes sociales par une de ces imaginations dont l’indéniable ingéniosité atteste le perpétuel mouvement d’u, talent toujours en éveil.

Naturellement cet artiste avisé a eu soin de s’assurer, en France et à l’étranger, par des brevets explicites, la propriété d’une découverte qui lui a coûté d’incessantes et difficiles recherches. Il a tenu, en cette affaire, à mériter seul la reconnaissantes de ses aimables contemporaines.

On sait le rôle important que l’ondulation de la chevelure occupe dans le monde de céans.

Mais combien dangereux ou déplaisant aux actuels moyens que l’on est forcé d’employer pour cette délicate opération ! Le fer chaud casse les cheveux, les dessèche et, peu à peu, les réduit en poussière.

Pour obvier à tel inconvénient furent fabriquées des épingles de divers modèles, entre autres le Waver de Lenthéric ; mais maintes personnes ne sauraient les supporter la nuit.

Voici de qu’a trouvé le maître capillaire : « l’Ondulateur FLOU-FLOU. »

Cela consiste en une fourche montée sur un manche à ressort et garnie à ses extrémités d’un ruban, d’une coulisse à œillet ; la tête, ainsi décorée de rubans monochromes ou multicolores, n’a plus l’air d’être en proie à quelque supplice barbare, mais semble ravissamment empruntée à quelque décor signé Watteau, Boucher, ou Lancret. Et certes, aux prochains salons, les Carolus, les Flameng, les Boldini auront la fantaisie exquise de peindre de la sorte un de leurs modèles mondains sous ce titre charmant : la belle aux Flou-Flou.

Rendre l’utile agréable : c’est ce but difficile qu’atteint cet appareil : il ondule parfaitement, mais il embellit, il travaille la chevelure et conserve à la patiente le charme, la grâce et la beauté. Il supprime la gêne et maintient le plaisir.

Juin 1895