La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts

collection privé :

Avril 1895

 

 collection privé :

La femme moderne

M. Ferdinand Bac (1) à la Bodinière

 

La femme ne se plaindra pas de l’indifférence de noire époque. Ce siècle finissant lui consacre l’effort de ces dernières années. Elle occupe l’artiste, elle préoccupe le penseur. Le poète dans ses chants, le romancier dans ses livres, le sculpteur dans ses marbres, le peintre sur sa toile, le maestro dans sa partition, tous tant que nous sommes, petits ou grands, il semble que nous n’ayons qu’un but : mettre en lumière et offrir à l’adoration des hommes ce que Goethe appelait si bien « L’éternel féminin », das ewiges weiblich.

Je sais bien que nous ne sommes pas les premiers à marcher dans cette voie. Le dix-huitième siècle aussi a connu ce culte de la femme, mais avec des nuances différentes, et qui n’échapperont point à l’observateur. Le côté intellectuel joua chez nos pères un rôle dont le souci est moindre chez nous. Leur héroïne à eux, c’était surtout la femme du salon ; la nôtre, c’est plutôt la femme du boudoir.

Le fauteuil de leurs grandes dames était un trône. Nous nous contentons de faire asseoir nos petites femmes sur un sopha.

Jamais cette différence n’a été mise pour nous en plus éclatante lumière qu’au moment où nous visitions l’exposition de la femme moderne, par M. Ferdinand Bac (1), si bien organisée par Henri Lassalle, en ce petit foyer de la Bodinière, qui devient chaque après-midi le rendez-vous d’un monde très select.

M. Ferdinand Bac (1) en réalisant, pour les mettre sous nos yeux, Ses œuvres des dernières années, a écrit un des chapitre les plus saisissants et les plus attractifs de cette histoire de la femme, à laquelle chaque génération ajoute une page ou deux, et qui finira par devenir l’histoire même de l’humanité dans ce qu’elle a de plus suggestif. Quand on a étudié cette exposition avec toute l’attention qu’elle mérite, on range M. Ferdinand Bac (1) parmi les féministes les plus intelligents, les plus spirituels, les plus pénétrants de notre époque. Son pinceau vaut un scalpel, et il dissèque très habillement, et avec beaucoup d’agrément pour nous, le cœur – est-ce bien le cœur qu’il faut dire ? – de nos aimables contemporaines.

M. Ferdinand Bac (1), qui n’est étranger à aucun des raffinements ou triomphent ses délicieux modèles, et qui a le secret de toutes leurs élégances, est tout à la fois un sensuel et un psychologue. Il sait de quelles essences se composent les philtres de se charmeuses, et il ne se contente pas de caresser le ligne et le contour de leur formes attirantes ; il excelle à mettre sur leurs lèvres , faites pour le baiser, des légendes tantôt drôles et tantôt cruelles, cyniques ou railleuses, mais qui recèlent toujours une pensée qui fait rêver.

Lesquelles citer, quand toutes méritent-elles de l’être, parmi ces belles enchanteresses : la femme au carton, si suave dans sa demi nudité savante ? La femme qui se chausse, si voluptueuse dans la souplesse de ses mouvements ? le domino ramassant un éventail ? la femme au coussin bleu ? la soupeuse de dominos noirs ? Toutes ! toutes ! comme dit le bon public, quand le rideau vient de tomber après quelque brillante apothéose d’un drame à succès.

M. Ferdinand Bac (1), qui est un artiste de race, a le dessin impeccable. Ces femmes qu’il prend partout, dans les salons, dans les boudoirs, au théâtre, à l’atelier, qu’il habille à la mode d'aujourd’hui, quelquefois même à celle de demain, pourraient se montrer sans atours, car il y a toujours sous le mensonge de l’étoffe la vérité de la nature.

« C’est égal, disait en sortant de la Bodinière une mondaine qui sait et ose tout dire, ce n’est pas là une exposition pour les jeunes filles !

- Vous avez raison, Madame, elle est plutôt destinée aux vieux messieurs ! »

Louis Énault (2)

 

(cliquez sur chaque titre)

M. Ferdinand Bac (1)

Louis Énault (2)

Five o'clock

gravure extraite de "Mon femmer" par Ferdinand Bac

Divorcée

gravure extraite de "Mon femmer" par Ferdinand Bac