La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts

collection privé :

Janvier 1895

 

 collection privé :

Le chic masculin

La cravate

A une très grande darne qui avait fait, à d'Aurevilly (1), cette surprise de lui envoyer une cravate gorge de pigeon, bordée de Point d'Angleterre, ¬l'auteur des Diaboliques envoya cette dédicace, inscrite en lettres flamboyantes sur la couverture du Dandysme :


A Madame la Comtesse de P...

Son cravaté de reconnaissance

Jules Barbey d'Aurevilly


Après le comte d'Orsay (2), après Georges Brummell (3), nul, mieux que le vieux Maître, n'eut la science de la cravate. Car la cravate n'est pas seulement l'étoffe légère qui enserre le col ; l'écharpe de soie traditionnelle avec laquelle nous avons coutume de compléter la toilette de ville ou la toilette de soirée. C'est une science, et, pour mieux dire encore, c'est un art, un art véritable. C'est la marque significative qui distingue l'homme d'élégance de l'homme du commun ; le détail par lequel se révèle la recherche, le goût, le souci de la tenue.

Cet hiver, la cravate du matin, pour le cheval, la bicyclette, la promenade à pied, est le nœuds de fantaisie (bleu foncé de préférence) sous le col rabattu ou cassé légèrement ; le col qui facilite les mouvements et au besoin s'adapte à la chemise de couleur ou de flanelle.

Pour l'après-midi, les visites, les expositions, les five o'clock, le cercle et se portant avec la jaquette ou la redingote, c'est le plastron que l'on fait soi-même, plastron très ample, très étoffé et piqué d'une épingle. La cravate est choisie dans les tons neutres, en harmonie, s'en¬tend, avec la physionomie et le goût de chacun.

Le soir invariablement c’est le nœud en satin noir ou en foulard blanc, nœud que l’on doit draper soi-même. La cravate est assez large et monte à la moitié du col ; le nœud est très serré au milieu et les bouts sont élargis et drapés jusqu’à l’échancrure du gilet

Allys


(1)

Jules Amédée Barbey d’Aurevilly 

est un écrivain français, né le 2 novembre 1808 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie, mort le 23 avril 1889 à Paris. Surnommé le « Connétable des lettres », il a contribué à animer la vie littéraire française de la seconde moitié du XIXe siècle. Il a été à la fois romancier, nouvelliste,essayiste, poète, critique littéraire, journaliste, dandy, et polémiste.

(cliquez sur le titre)

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(2)

George Bryan Brummell, dit « Beau Brummell », 

né le 7 juin 1778 à Londres et mort le 30 mars 1840 à Caen, est un pionnier du dandysme britannique durant la Régence anglaise.

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(3)

Alfred Guillaume Gabriel Grimod, comte d'Orsay, 

né à Paris le 4 septembre 1801 et mort à Chambourcy (Yvelines) le 4 août 1852, était un artiste peintre, sculpteur, dandy et mécène français.

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