La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts

collection privé :

Mai 1895

 

Les dernières modes

collection privé :

Décidément la mode est singulièrement excentrique cet été ; les chapeaux, les coiffures et les robes prennent des proportions si extravagantes qu’on de demande vraiment où s’arrêtera la folie de ce ballonnement gigantesque.

Il est vrai de dire que les maisons qui donnent le la semblent ne pas vouloir se laisser entraîner à ces exagérations outrées et, nous ramenant aux gracieux atours du dix-huitième siècle, font revivre des parures d’une grâce irrésistible.

C’est ainsi que nous avons vu,ces jours derniers, des ornements genre lingerie en limon très richement ouvragés, des rivières ajourées encadrant des entre-deux de valenciennes jaunie. Ces ornements ont des formes bizarres et très variées ; découpés selon le style du corsage, les uns simulent un empiècement d’où retombent des pattes également ajourées et incrustées de valenciennes, voilant les plis creux du corsage ; d’autres forment épaulières et bretelles. On compose aussi ces ornements en ruban de teinte vive ou d’une couleur neutre plus foncée que la robe ; les contours sont incrustés d’une fine dentelle au lacet. Les petits cols sont assortis, également incrustés de dentelle et de jours ; leur forme est très évasée, telle que le représentent les petits croquis reproduits au cours de cette causerie.

Une vieillerie très joliment renouvelée, c’est le fichu de Marie-Antoinette si séduisant et si coquet sur une toilette claire. Il se fait comme ornement de robe ou comme vêtement, sont en dentelle noire ou crème, soit en limon de fil ou de soie de toutes teintes, en barège ou en taffetas glacé orné de ruches et de volants. Tantôt il se croise et vient se nouer derrière où il retombe en longs pans sur la jupe ; tantôt coupé court, il se fixe à la taille à gauche dans une grosse botte de fleurs. Une autre botte est nichée à gauche dans une grosse ruche qui orne l’encolure.

                  (gauche)                                       (droite)

             ombrelle ruban                            ombrelle du régent

Modèle de la grande maison du blanc

Les modes du dix-huitième siècle nous ramènent aux robes claires et légères, que quelques fanatiques de sport nous avaient fait abandonner depuis de longues années, en nous imposant les costumes tailleur invariablement portés dés l’aube jusqu’au couchant. Ce caprice ne pouvait durer que ce que durent, à Paris, les engouements. Le costume tailleur, d’une élégance toujours très correcte, réservé aux voyages, excursions et sorties matinales, a fait son temps comme costume de courses. Les robes que nous avons vues à l’hippique et à Auteuil sont composées d’un heureux amalgame de lainages souples, de soies glacées, de broderies et d’incrustations de dentelle, chargeant le corsage et les manches, dont les complications sont impossibles à décrire ; nos lectrices

Toilette de ville en drap de cuir

modèle de Redfern

ombrelle (vogue)

Modèle de la grande maison de blanc

en jugeront par les dessins de nis collaborateurs. Quand aux jupes, elles vont subir, dit-on d’importantes modifications. En effet, nos grands couturiers semblent s’être ligués pour livrer un combat à mort aux jupes plates. Leur ampleur en a déjà modifié l’allure ; les ornements, les broderies et les incrustations changent leur aspect ; dans quelque temps, ce sera bien autre chose. Si nous ne nous mettons sur la défensive, c’en sera bientôt fait de ces gentilles jupes, si commodes, si pratiques, qui donnaient à la femme ce petit air déluré et jeune, auquel beaucoup de coquettes renonceront difficilement, pour endosser les falbalas avec l’orgie des ornements compliqués, un tantinet vieillots et surannés pour notre époque, et qui étaient le nec plus ultra de l’élégance au temps de nos jolies aïeules. Cependant, il est bon d’ajouter que parmi les créations nouvelles, il y en a des seyantes et fort jolies, auxquelles nos maîtres d chiffon s’ingénient à donner un cachet artistique très apprécié des femmes de goût, qui n’aiment ni le banal, ni le déjà vu.

 

 

 

 

 

 

 

gants rubans

Modèle de la grande maison de blanc

De ce nombre sont les fraîches toilettes de limon de soie incrustées de point d’Alençon, les robes de taffetas glacé qui feront fureur avec leurs corsages mi-mousseline, mi-soie et dentelle. Comme couleurs : toute la gamme des teintes claires un peu vives, et du blanc, beaucoup de blancs.

En ce moment, avec les incohérences de la température, la question du manteau ne laisse pas que le fort embarrasser les élégantes Parisiennes, toujours soucieuses d’être jolies en toutes saisons. Se mettre à l’abri, mais ne pas étouffer, tel est le dilemme. Les couturiers n’ont pas cherché dans leurs créations à parer à toutes les éventualités du ciel ; ils ont voulu, avant tout, flatter nos goûts, notre coquetterie, et ils sont arrivés à créer des merveilles élégantes et gracieuses. Une des plus jolies est une ravissante petite mante, genre fichu Marie-Antoinette, en taffetas glacé, ornée de ruche sur les contours et à l’encolure ; de gros bouquets de fleurs de saison sont fixés à la taille et au cou. Les toilettes de bal, que l’on prépare pour les fêtes prochaines, se font en brocart superbe, en satin broché de larges branches de fleurs et de feuillage et en limon de soie uni ou de fantaisie rayé ou imprimé de fleurs peintes. Le décolleté carré est très en faveur, et l’on met au cou une petite écharpe de tulle crème nouée, à larges coquets, derrière la tête ; c’est coquet, vaporeux et jeune.

Quant à la coiffure, Auguste Petit vient de la modifier de la plus heureuse façon ; cherchant toujours ce qui fournir à la femme le moyen d’être toujours bien coiffée, sans avoir recours chaque jour à un artiste de la partie, il vient de composer des perruques de ville s’adaptant à toutes les têtes, et d’une légèreté absolument incroyable. Avec ces perruques invisibles à l’œil le plus exercé, la femme élégante est dispensée de la séance du coiffeur, toujours un peu fatigante est dispensée de la séance du coiffeur, toujours un peu fatigante, et, en outre, elle a une coiffure charmante, composée pour elle avec la nuance de cheveux avantageant son teint, et cela sans avoir recours ni aux décolorants, ni aux teintures, d’un effet toujours ou moins nuisibles.

toilettes de vernissage a l'exposition du champ de mars

Avec la chevelure, ainsi toujours gracieusement agencée, le chapeau coiffe à merveille et le visage y gagne en beauté.

Pour le soir, la perruque d’Aguste Petit rend de grands services, évite bien des tracas et donne un relief particulier à la physionomie. Je ne veux citer que la coiffure Louis XVI, de 1708, une merveille de grâce et d’élégance, très légèrement agencée avec quelques boucles retombantes et deux belles plumes d’autruche saule.

 

 

 

colliers et

agréments de cou.

Modèle de la maison Henry ( A la pensée)

Avec les chapeaux Louis XVI que l’on porte en ce moment, cette coiffure est un bijou d’élégance artistique.

Que dire des chapeaux d’été ? Ils sont bien un peu tapageurs et extravagants ; mais nos modistes les rendent si seyants, si gracieux, que la critique se sent désarmé. Il est vrai de dire que Virot, laissant aux modistes inexpérimentées et d’un goût douteux les exagérations peu seyantes, a crée cet été des coiffures d’une incomparable élégance, et qui, malgré leur volume, sont gracieuses en diable, fixées sur les cheveux plus touffus, plus bouffants que jamais.

Beaucoup de pailles de fantaisie noire, verte frondaison, rose, pervenche ou mauve et quelques pailles d’Italie. En guise d’ornements, des panaches de plumes, de larges rubans de gaze, de taffetas glacé ou

 

 

 

 

 

 

 

 

chapeaux de printemps.

Modèles de la maison Virot

boucles, agrafes de ceinture et boutons de strass

Modèle de la maison Henry (A la pensée)

imprimés Louis XVI, genre ancien, des fleurs à profusion, placées en touffes, en cache peigne, avec feuillage. Ce qui est fort joli sur les pailles de couleur, ce sont les fleurs blanches, au cœur légèrement verdi que Virot vient de mettre à la mode ; rien n’est plus jeune ni plus coquet que ces touffes de violettes, de giroflées, d’œillets ou de roses blanches avec un léger nœud de gaze en aigrette.

Le grand chapeau Louis XVI, en paille d’Italie ou en paille de fantaisie noire, est une des plus élégantes créations de la grande modiste.

boucle de ceinture

Modèle de la maison Henry (A la pensée) 

Les ornements de dentelle, application de ruban Louis XVI et de fleurs élargissant encore le chapeau, donnent un cachet particulièrement artistique à cette coiffure. C’est gracieux, et la physionomie ainsi encadrée gagne en douceur.

À l’occasion des fêtes de Pâques, un de nos gentlemen, sur le point de se marier, a eu l’aimable pensée d’envoyer à sa fiancée, une des plus jolie jeunes filles de notre haute société , une cloche toute en fleur. Imaginez une cloche entièrement recouverte de giroflées blanches, deux ailes de colombe composent l’armature et, du large ruban blanc, qui la suspend, s’échappe des branches de lis. En guise de battant, une colombe s’en volant d’un nid rempli d’œufs de Pâques, L’idée est charmante et méritait d’être notée.

Zibeline Mai 1895

morning coat suit

Modèle d'Henry Creed