La Grande dame. Revue de l'élégance et des arts

collection privée

Juin 1895

 

Les dernières modes

collection privée

 

Son altesse est, de toutes les femmes ud monde, la plus affairée, sa vie est un monument perpétuel. Elle marche, elle vole sans s’arrêter de plaisir en plaisir, de fête en fête, jamais lassée, toujours pimpante, coquette et partout triomphale.

Le plus souvent couchée à l’aurore, elle est sur pied à huit heures, et, grâce à une séance de tub et de massage, on la rencontre au bois vers dix heures, fraîche et gaie, à pied, à cheval, voire à bicyclette, faisant sa cure d’air matinal.

À onze, elle se rend à la hâte chez le couturier en vogue, chez Redfern (1) naturellement, choisir quelques chiffons d’amateurs, que l’habile couturier lui prépare pour les grandes journées de Chantilly, d’Auteuil, de Longchamp, les matinées de charités, la fête des fleurs, les grands mariages, enfin toutes les réunions élégantes. Car, à côté du genre anglais, costume tailleur, dont Redfern est le créateur de l’importateur en France, il a joint la toilette parisienne essentiellement féminine à laquelle il donne cette pointe d’originalité, cette élégance dont il a le secret. Nos deux hors-texte donneront la note de ses nouvelles créations.

En efet, la plume est impuissante à rendre le coloris des étoffes, le chiffonné des dentelles et des mousselines, les formes nouvelles, ingénieusement étudiées sur le corps de la femme, qu’ils ont pour mission de voiler et d’embellir.

Remarquez que ces toilettes sont d’une simplicité étonnante : les juges, d’une très grande ampleur vers la base, sont ajustées aux hanches et dépourvues d’ornements ; on les fait de tissus unis de préférence, avec corsages brodés, incrustés ou ornés d’impressions de fleurs aux nuances fondues et harmonieuses, ou encore recouverts de limon incrusté de dentelle et d’entre-deux de valenciennes.

Il est vrai de dire le genre de la toilette, son degré de luxe dépendent de l’heure à laquelle on doit la porter, et surtout du lieu où l’on doit se montrer.

Redfern, fournisseur attitré de toutes les cours européennes, couturier habituel de nos plus jolies et élégantes actrices, avec un tact parfait, est passé maître en l’art d’approprier a mise de la femme moderne à toutes les diverses étapes de la haute vie.

 

 

 

 

 

 

                                                                                 

                                                                                    Toilette derby de redfern

Pour le matin, si l’on veut aller à pied au bois, c’est le petit costume, dernière création de Londres, en alpaga blanc ou en piqué côtelé dans toutes les teintes claires, se composant d’une jupe unie boutonnée de côté, d’une petite jaquette très cintrée derrière, ouverte devant avec de longs revers genre smoking, laissant voir le double petit jabot de la chemisette de batiste ou de mousseline, que l’on varie à l’infini de nuance et de forme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Toilette de grand-prix

    modèle de Redfern

Les gants blancs sont de rigueur. Comme coiffure, c’est le canotier avec petite plume en aigrette et voilette blanche et dentelle application très transparente.

Pour trotter en ville, le costume d’alpaga gris, marron ou bleu est le plus pratique, le plus élégant, composé par l’habile couturier qui en fait aussi de fort jolies robes de voyages et d’excursions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                 Toilette pour Auteuil de Redfern

Si l’on monte à cheval ou que la bicyclette tente nos intrépides sportswomen, les costumes très spéciaux de ces indifférents sports doivent leur élégance à la correction de la coupe, les formes devant se dessiner à merveille, tout en laissant aux mouvements une aisance parfaite.

Les fins draps d’été pour l’amazone et la cheviotte pour le costume de bicyclette sont les tissus employés.

Les toilettes très claires en tissus légers : soie changeante, taffetas glacés et imprimés, zéphirs brodés de soie, crépons très fins avec des impressions de fleurs d’un coloris charmant, triomphent dans toutes les gardes parties, les séances sportives et seront bientôt la joie des yeux dans les casinos des villes d’eaux en vogue.

 

 

 

 

 

 

 

 

Toilette de grand prix

Redfern, réservant le costume tailleur, toujours correct, aux voyages et aux sorties matinales, a composé pour les diverses étapes mondaines de pimpantes toilettes, nouvelles de formes et gracieuses d’ornements ; c’est de la haute élégance.

À l’occasion du mariage de la princesse Olga Youriewski avec le comte de Neremberg, fils du prince Nicolas de Nassau, le grand tailleur chargé du trousseau a exécuté des merveilles, entres autres la robe de mariée en satin blanc si gracieusement ornée de point de Bruxelles retenu par des boutons d’oranger.

La princesse Youriewski portait une riche toilette de faille rose rehaussée de dentelle. La comtesse de Neremberg était en superbe robe de broché mauve. Les demoiselles, la comtesse Catherine Youriewski, Ada de Neremberg et la princesse Vera Dolgarouki, portaient des robes blanches.

 

 

 

 

 

 

                                                                                Toilette de courses

À propos des mariages, un mot des dessous si coquets qu’a inventés en ces derniers jours nos lingères fées. Imaginez des pantalons et des jupons taillés dans des soies de l’Inde, rose tendre bleu pâle, crème ou mauve, entièrement voilés de mousseline de soie de nuance assortie, formant vers la base des bouillonnés superposés d’où retombe en haut volant de malines jaunies ; c’est délicat, vaporeux et coquet en diable. À l’instar de nos robes, nos pantalons prennent des proportions extravagantes ; les uns se composent de volants plissés de trente centimètres de hauteur montés sur un haut très large du bas, s’adaptant aux hanches sans fronce ni ceinture ; les autres en foulard sont incrustés sur toute leur hauteur d’entre deux de dentelle ancienne et jabotés de volant remontant de côté en coquillés. Les chemises sont de gaze aérienne traversée par des rivières de dentelle. C’est bien un peu léger, mais par cette température

 

 

 

 

 

 

 

 

Toilette de grand prix

sénégalienne le courage nous manque pour critiquer ses vêtements intimes qu’un avocat d’esprit, dans une de ses spirituelles plaidoiries, a malicieusement baptisés : chemise moustiquaires.

L’originalité et la fantaisie règnent sur nos coiffures : les calottes sont hautes ou basses, les bords larges ou moyens, tourmentés avec art ; ils doivent accompagner et rehausser le visage, sans le moindre souci d’une forme unique ou d’une mode adoptée. Virot opère journellement la rénovation de nos coiffures, si bien que ce qui était tout nouveau, il y a un

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                           Toilette de grand prix

                                                                             modèle de Redfern

 

mois semble presque vieillot à côté des créations dernières écloses. Ainsi le trianon est une trouvaille d’hier qui ne ressemble en rien à ses aînés, si ce n’est par la coquetterie de son allure ; il est en paille de fantaisie blanche, orné d’œillets nuancés rose et violacé, à demi voilés d’une dentelle application qui vient former derrière un nœud enlevé et vaporeux. Un autre est en gaze noire, empanachée de plumes avec nichées de roses. Que dire des superbes soies imprimées de fleurs dont Virot drape les calottes de nos chapeaux, chiffonne des nœuds ? Cette nouveauté a un cachet artistique que je recommande aux femmes de goût.

Je ne puis passer sous silence les tours de cou en gaze et ruban Louis XVI, en dentelle divinement chiffonnée, retenue par des nœuds de ruban et de touffes de roses blanches : c’est frais et seyant.

J’ai déjà parlé de la vogue énorme des fleurs ; on pousse le raffinement jusqu’à leur communiquer leur véritable parfum. Grâce à Guerlain, on n’admire plus seulement les fleurs artificielles, on les sent, on les respire. Où nous mènera le progrès ?

Zibeline juin 1895

 

(cliquez sur le titre)

Redfern (1)